Des mesures & démensures


Combinaison n° 16




Une ligne...


Celui qui la franchit,
Celui qui passe de l'autre côté
Est éliminé !


Si on mesure du fait qu'il a été écrit plus de livres entre 1945 et nos jours qu'entre Gutenberg et 1945...


Les chiffres parlent d'eux-mêmes.

 

(Le premier lecteur, en terrain connu)
Tu te reconnais ?
Ils ont coupé quelques arbres, la route a été bétonnée, mais son tracé n'a pas changé...
La route, tu la reconnais ?
Ils ont construit quelques immeubles, repeints certaines façades, mais le village n'a pas bougé...
Le village, tu le reconnais ?
Ils ont ajouté un chien dans la cour et une grille autour, mais la     maison n'a pas été transformée...
La maison... ?
La maison enfin, tu la reconnais ?


(Le second, dans l'inconnu)
Non, je ne me reconnais pas.


Si on tient compte du fait que, selon un rapport américain, le fait d'inclure la littérature dans les études des étudiants en médecine développe l'instinct compassionnel...


Revenus après qu'on les ait traînés plus bas que terre, beaucoup de ceux qui n'y croyaient pas se sont mis à croire au ciel, tandis que ceux qui y avaient cru, maintenant, n'y croyaient plus.

 

(L'un et l'autre, à tour de rôle, en observant et en étant observés)
C'est lui ?
C'est pas lui.
Ça pourrait être lui...
C'est pas ses cheveux...
Il avait pas les cheveux plus longs ?
Il avait pas les cheveux frisés ?
Il avait pas des cheveux plus noirs ?
Il avait des cheveux ?
Il a pas changé de lunettes ?
Il avait des lunettes ?
Je le voyais avec des lunettes...
C'est pas ses yeux...
Il était aussi petit ?
Je le voyais plus grand...
Il était pas moins gros ?
Il était pas plus jeune ?
C'est bien son sourire...
Alors, c'est lui ?
Ça pourrait être lui...
C'est peut-être pas lui...
Si c'est lui, il n'est plus tout à fait le même...


Si on prend en compte le fait qu'il existe une chance sur 17 milliards pour que 2 individus aient les mêmes empreintes, qu'en vérifiant celle d'un doigt, d'un orteil, le contour d'une main, d'un iris, un extrait d'ADN, les traits d'un visage ou le réseau des veines, la biométrie peut révéler l'identité de chacun, qu'un prénom classique, employé fréquemment nous est familier et sympathique, qu'une simple variation orthographique provoque une perception moins positive, que le stress post-traumatique des soldats revenant de la guerre d'Irak ou d'Afghanistan peut être traité par exposition progressive de l'objet phobique dans l'imagination, que l'immersion dans la réalité virtuelle peut soigner les addictions et que le grand pouvoir distractif de l'image calme la douleur...

 

C'est vrai ?
C'est vraiment vrai ?


De quoi ça parle au juste ?
Vous avez changé les situations, les dates, les noms, mais
Si je comprends bien :
Il, c'est lui. Elle, c'est elle.
Et je, c'est vous.

 

Tout le reste, c'est des mots !

 

Si l'on tient compte du fait qu'un grand nombre d'enfants pensent que les Pères Noël qui attendent devant les Grands Magasins et les Centres Commerciaux ne sont pas le Vrai...


C'est pas croyable !

 

Si on tient compte du fait qu'écrire régulièrement ses états d'âme dans un journal intime augmente la qualité des défenses immunitaires...

 

Il est né la même année que moi, il est mort au début de l'année. Et si moi aussi, bientôt j'allais y passer...
Il est né presque qu'un siècle avant moi, il est mort presqu'un siècle après.
Ça me laisserait le temps de voir venir...


(Ensemble : l'un en commençant par le début, l'autre en commençant par la fin, pour se retrouver, en moyenne, au milieu).

 

C'est complètement nul. C'est archi nul. C'est plus que nul. C'est nul. C'est catastrophique. C'est abominable. C'est épouvantable. C'est exécrable. C'est déplorable. C'est détestable. C'est désastreux. C'est pitoyable. C'est lamentable. C'est très mauvais. C'est mauvais. C'est faible. C'est pas terrible. Ça casse rien. C'est médiocre. C'est potable. C'est passable. C'est ni bon ni mauvais. C'est moyen. C'est honorable. C'est pas trop mal. C'est pas mal. C'est pas si mal. C'est plutôt pas mal. C'est pas mal du tout. C'est plutôt bien. C'est bien. C'est vraiment bien. C'est drôlement bien. C'est super bien. C'est vraiment très bien. C'est très très bien. C'est excellent. C'est admirable. C'est formidable. C'est magnifique. C'est fantastique. C'est exceptionnel. C'est génial. C'est absolument génial.


Si on se rend compte que les êtres humains peuvent dialoguer parce que quelqu'un dit « je » et « tu » à un autre qui lui répond « tu » et « je », que « je » n'a pas, dans toutes les langues, le même sens selon que l'on dise : « je mange... » ou « je me souviens », que dans beaucoup de langues l'élément le plus informatif est placé à la fin de la phrase, que quelqu'un qui en fait trop, qui parle avec un débit inhabituel, se racle la gorge, s'humecte les lèvres, se gratte a peur de se trahir, cherche à fuir la situation, hésite ou dissimule quelque chose, qu'une administration intranasale d'ocytocine, une petite molécule secrétée par l'hypothalamus suscite, chez l'humain, la confiance en son prochain, que les êtres humains mentent en moyenne 2 à 3 fois par jour...


C'est faux !!!


Quand il est mort à 49 ans, il avait écrit plus de 100 livres.
Ça me laisse pas beaucoup de temps pour en faire autant.


En attendant la lecture du jugement, il y a ceux qui jugent qu'ils sont les meilleurs juges, qui jugent qu'ils sont au-dessus de tout jugement, qui jugent ce qui est bon pour les autres, qui jugent au jugé, qui ont des préjugés, qui ont vite fait de juger, qui jugent que les autres sont seuls juges, qui jugent que chacun est juge, qui sont juges et parties, qui ne veulent préjuger de rien, qui jugent que ce n'est pas à eux de juger, qui jugent qu'on ne peut pas juger, qui jugent qu'il est impossible de juger, qui jugent qu'ils n'ont pas le droit de juger, qui jugent qu'ils n'ont pas les moyens de juger, qui jugent qu'ils n'ont pas tous les éléments pour juger, qui jugent qu'ils n'ont pas à révéler leur jugement, qui réservent leur jugement en attendant de pouvoir mieux juger, qui ne veulent pas qu'on les juge en jugeant ce qu'ils ont jugé, qui ont peur d'être mal jugé, qui jugent que c'est la vie, qui jugent que le temps jugera, qui attendent le jugement dernier, qui n'ont pas de jugements, qui n'ont pas de jugeote, jugez vous-mêmes !


Il faut tout mettre dans la balance.


Si on mesure le fait qu'aujourd'hui l'entrée du mot « fiction » sur Internet a permis l'accès à 224 000 000 entrées et que Google a mis 0,37 secondes pour les trouver...


Un point :


Ce livre sera-t-il vraiment le dernier ? L'écrivain va-t-il mourir à la fin ?


Tout le reste, c'est des chiffres !