Litterature in progress
Introduction à mon prochain "roman"
Publié le 06/01/2009
DRPour expliquer ce qu'il en est de l'existence à laquelle on nous destine, il me faudrait expliquer comment, il y a plusieurs années de cela, les choses ont pris pour moi une toute autre direction. Il me faudrait expliquer comment cette existence m'est apparue puis comment, par volonté ou par dépit, elle s'est éloignée de moi et moi d'elle. Pour expliquer ce qu'il en est de nous aujourd'hui, de nous tous dans l'existence de cette vie là, oui, il me faudrait revenir sur ces choses-là.
La plupart des écrivains, du moins ceux qui prétendent l'être ou encore, ceux dont on nous fait croire qu'ils le sont, racontent souvent des histoires comme on ment, ces fictions invraisemblables, ces aventures rocambolesques, ces expériences extravagantes et impudiques ou encore ces confessions sensationnelles presque inavouables si ce n'est sous la forme de ce qu'on ose appeler encore un roman. Ainsi, peut-être qu'en lisant ces lignes, les gens songeront qu'il s'agit là d'un roman de plus parmi tant d'autres qui n'en sont pourtant pas, d'une histoire de plus parmi toutes ces histoires qui les bercent tant parce que, pour eux, un roman, ce n'est qu'une de ces petites histoires qu'on invente comme on ment.
Ce que je m'apprête à relater leur déplaira donc forcément puisqu'il ne s'agit pas d'une histoire, encore moins d'une histoire romanesque comme tout le monde en attend. En effet, ce n'est pas ici l'histoire conçue, imaginée, inventée d'un personnage qui n'existe pas en dehors de la fiction et dont les observations sont une simple transposition, dans les règles, de l'imaginaire débordant d'un écrivain mais plutôt le récit authentique et sincère d'un être réel dont l'expérience découle directement de cette réalité qui, chaque jour, s'impose à nous toujours plus comme pour mieux nous détourner de la vraie vie que tous ces romans, s'ils en étaient vraiment, devraient plutôt chercher à nous rapprocher.
Car, ce qu'est la vraie vie, comme les romans, on ne l'a jamais moins su qu'aujourd'hui. On propage la vie de la même manière qu'on tue en sifflotant. On produit des pseudos romans de la même manière qu'on pisse en fredonnant. Si venir au monde n'est pas autre chose que naître à la servitude dans une société d'abrutis, alors raconter des histoires suffirait en effet à combler chacun de nous et nous faire accepter l'existence de cette vie là dont on n'arrête pas de nous faire croire qu'elle est un don même si on sait aujourd'hui qu'elle est sans doute la pire chose qui puisse advenir à un être normalement constitué.
Sophocle disait lui-même « ne pas naître, voilà qui vaut mieux que tout » car en effet, il savait combien naître dans l'existence de cette vie-là entraîne inévitablement d'y vivre et qu'à défaut de s'en sauver par un moyen ou un autre, il faut l'endurer au point d'en supporter toute l'inhumanité dont il n'est pas besoin de la décrire pour savoir quelle souffrance elle représente ni quel avilissement elle provoque.
Beaucoup d'entre nous toutefois, tout en ignorant ce qu'est la vraie vie, finissent par la pressentir et parviennent à puiser quelque force en eux pour s'en rapprocher, voire pour l'atteindre. Certains même ne sont animés que par cette seule exigence car, pour une raison difficile à expliquer, ils savent dès leur plus jeune âge qu'elle incarne la voie de la délivrance tandis que d'autres s'en éloignent à jamais, continuant encore de croire aux mensonges des différents pouvoirs qui prétendent régir l'espèce humaine au nom de valeurs qui leur sont pourtant totalement inconnues.
Il n'existe évidemment aucune initiation ni aucune révélation en tant que telles pour accéder à la vraie vie si ce n'est une certaine capacité d'écoute et de curiosité à l'égard des sentiments secrets et instinctifs qui nous inspirent et nous dirigent naturellement vers elle. Ainsi, chacun de nous peut être amené, à un moment ou à un autre, à suivre cette voie et découvrir effectivement que la vie en général n'est pas ce qu'on nous en montre, ni l'existence en particulier ce qu'on nous en dit. Cela demande néanmoins d'affronter ces forces obscures qui, au fond de nous comme autour de nous, cherchent par tous les moyens à nous détourner de notre quête.
Cette dernière s'avère donc pénible et, à bien des égards, douloureuse. Mais, elle s'avère aussi pleine d'enseignements, de ceux-là mêmes qui nous permettent de mieux comprendre en quoi consiste vivre ici et maintenant, dans l'existence de cette vie-là, afin de saisir pleinement ce que veut dire aussi vivre là bas à jamais, dans l'existence de cette autre vie. Chaque être qui s'apprête à suivre la voie, à faire l'expérience de cette quête s'apprête donc à toucher également aux formes les plus abouties du bonheur et de la liberté. Se dégageant des ordres arbitraires, des convenances artificielles et des inégalités abusives dont il est l'objet depuis sa naissance, chaque être peut espérer ainsi entrer dans la vraie vie.
Somme toute, traiter de la vraie vie semblera peut-être au lecteur pas plus original ni même ambitieux que de raconter une de ces histoires comme on ment, une fiction invraisemblable, une aventure rocambolesque, une expérience extravagante et impudique ou encore une confession sensationnelle presque inavouable qu'on ose appeler encore un roman. Ce serait alors oublier qu'un roman digne de ce nom n'a d'autre prétention que de traiter justement de ce seul sujet, de la même manière que Marcel Proust affirmait « la vraie vie, c'est la littérature ».



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